Ways of Life

LES TOTEMS

Lorsque les explorateurs européens et les premiers missionnaires chrétiens virent les totems pour la première fois, ils se trompèrent grandement quant à leur signification et aux raisons de leur exécution. Ils supposèrent que c’étaient des objets d’adoration religieuse, chaque figure sculptée représentant une divinité païenne. En conséquence, la christianisation des peuples de la côte Nord-Ouest, tels que les Nisg̱a’a, à la fin du 19e siècle, entraîna la destruction de nombreux totems et l’abandon des pratiques de sculpture propres à ceux-ci.

En vérité, les totems sont des documents historiques dans lesquels les familles, les clans et les tribus consignent leur histoire (adaawaḵ). En l’absence d’une langue écrite, les Nisg̱a’a, comme les autres peuples de la côte Nord-Ouest, enregistraient les histoires des origines et des anciennes migrations des familles, ainsi que les relations de celles-ci entre elles et avec d’autres familles et clans, au moyen d’un système d’images iconiques ou « emblèmes » sculptés sur des totems (ou peints sur des façades de maisons, tissés dans des couvertures ou sculptés sur des coiffures). Les Nisg̱a’a avaient deux principaux types de totems : le type « adaawaḵ », qui racontait l’histoire du clan, et le totem commémoratif.

Le totem Aigle-Flétan de Laay̓, jadis érigé dans le village de Git-iks (et maintenant exposé au musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique) a toutes les caractéristiques d’un totem qui relate l’histoire d’un clan ou « adaawaḵ ». Chaque emblème raconte un événement de l’histoire du clan Lax̱-w̓isax de la tribu de l’Aigle. Par exemple, les emblèmes de l’Homme en dessous et de Gun̓as relatent les histoires de l’ancienne migration du clan depuis la côte de l’Alaska jusqu’à la rivière Nass, tandis que les emblèmes du Requin et du Castor décrivent des épisodes plus récents de la vie du clan.

Le second type est le totem commémoratif, érigé à la mémoire d’un chef décédé. Celui-ci était habituellement beaucoup moins haut que le totem décrivant l’histoire d’une famille et son apparence était relativement modeste. La majeure partie du totem était lisse (appelée «  g̱an ») et il était surmonté d’un seul emblème sculpté qui identifiait le lignage ou le clan du chef. Parmi les totems commémoratifs, on compte Là où l’oie s’est posée, Écureuil blanc de Tx̱as-diyee et Gibilx̱ de Minee’eskw, qui furent tous érigés dans l’ancien village de Gitlax̱t’aamiks.

Les histoires et les événements décrits sur les deux types de totems étaient essentiels à la préservation de l’identité des familles et des clans. C’est pourquoi la destruction des totems à la fin du 19e et au début du 20e siècle a porté un grand coup à la compréhension traditionnelle de l’histoire et à la continuité culturelle. Heureusement, durant la seconde partie du 20e siècle, on vit les totems sous un nouveau jour et on comprit leur importance. Grâce à cette prise de conscience, la sculpture de totems connut un nouvel essor parmi les peuples de la côte Nord-Ouest. Cette activité est redevenue une forme importante d’expression artistique et de chronique historique pour les Nisg̱a’a et d‘autres nations.

Ce site Web fait partie d’un projet visant à préserver la compréhension et l’appréciation des totems historiques et d’autres pratiques culturelles des Nisg̱a’a. On peut voir des totems modernes, issus du renouveau de la sculpture, en visitant le site Contemporary Totem Poles of the Nisg̱a’a.